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L'église Notre-Dame du Taur rénovée

Patrimoine

Cet édifice lié au mythe de saint Saturnin vit depuis 2023 un chantier de restauration qui vise à révéler sa beauté originelle. Réouverture au public le 25 mars 2026.

Histoire et architecture

Nichée rue du Taur, entre des immeubles d’habitation desquels émerge son clocher-mur, l’église Notre-Dame du Taur se dresserait à l’emplacement d’un martyrium (lieu de dévotion où se trouve la sépulture d'un martyr) dédié au premier évêque de Toulouse, Saturnin, aussi appelé Saint-Sernin. Vers l'an 250, celui-ci aurait été attaché à un taureau et traîné dans les rues toulousaines, sur le parcours de l'axe nord-sud nommé "cardo".

Le mur-campanaire de N.-D. du Taur vu depuis la rue éponyme

De style gothique méridional, son plan simple en maçonnerie de brique supporte un clocher-mur caractéristique des églises sans transept. Percé de 6 ouvertures campanaires sur 2 niveaux, il reprend le motif typiquement régional de l'arc en mitre.

En 250 - L'église actuelle aurait été construite sur un oratoire élevé sur le lieu de la mort de saint Saturnin. L'église actuelle serait construite sur cet emplacement.

Jusqu'au XIe siècle - Cet édifice porte le nom d'"église du Taur".

Au XIIe siècle - L'église est nommée "Saint-Sernin du Taur".

Aux XVe et XVIe siècles - Le chœur et les chapelles sont ajoutés.

En 1534 - Elle prend son nom actuel au profit de la Vierge Marie.

En 1840 - L’église de Notre-Dame du Taur est classée monument historique

Au XIXe siècle - L'église est restaurée lors d'une campagne dirigée par l'architecte Viollet-le-Duc. Cette restauration permet notamment la redécouverte d’une fresque représentant la généalogie de Jacob. Elle voit également la réalisation de peintures murales faites par l'artiste Bernard Bénezet - qui représentent notamment le martyre de Saint Saturnin -, de vitraux sortis des ateliers de Victor Gesta, et l'installation d'un grand orgue de la facture d'Eugène Puget, classé Monument Historique en 1987.

Apparu au début du XIIIe siècle dans le Midi de la France, dans un contexte religieux instable, le gothique méridional naît avec l'arrivée des ordres dits "mendiants" à Toulouse, notamment les Dominicains et l'impressionnant couvent des Jacobins. Il privilégie une architecture sobre et une nef à un seul vaisseau pour mieux prêcher devant les fidèles.

Un patrimoine rénové et sauvegardé

Ce chantier de sauvegarde, placé sous la maîtrise d'ouvrage de la Mairie de de Toulouse, a été mené pour traiter les désordres qui affectaient l’édifice

  • Réparation de la charpente, traitement des remontées d’humidité et des infiltrations d’eau
  • Sécurisation et préservation de la chapelle haute
  • Mise en accessibilité pour les personnes à mobilité réduite
  • Mise en conformité avec les normes de sécurité incendie et mise en œuvre des préconisations issues de l'étude "Grands Vaisseaux"
  • Mise en place d’un éclairage fonctionnel et de mise en valeur
  • Réouverture de la chapelle axiale mettant en valeur la statue Notre Dame du Rempart
  • Restauration à l'identique de l'orgue (buffet et partie instrumentale)

L’incendie de Notre-Dame de Paris, les 15 et 16 avril 2019 a provoqué une large prise de conscience quant à la vulnérabilité du patrimoine religieux au risque incendie. Plusieurs initiatives ont été lancées afin de renforcer la protection de ces édifices.

À Toulouse, l’étude "Grands Vaisseaux" a vu le jour pour améliorer la protection du patrimoine toulousain. Un plan d’ensemble conçu pour :

  • Renforcer la sécurité incendie de 12 sites patrimoniaux dont l'église Notre-Dame du Taur
  • Sécuriser les interventions des personnels qui pourraient être mobilisés en cas de départ de feu

Cette étude a été lancée et supervisée par la direction du patrimoine de la Mairie de Toulouse, chargée de la conservation des monuments, et réalisée en co-production avec des architectes du patrimoine, le Service Départemental d'Incendie et de Secours 31 (SDIS 31) ainsi que des bureaux d’étude spécialisés.

L'étude Grands Vaisseaux analyse et identifie tous les points sensibles pour améliorer le niveau de sécurité de ces établissements (protection des personnes, des œuvres, des bâtiments, coordination des moyens d’intervention).

Ces interventions sur le bâti ont été conduites conjointement avec une restauration intérieure complète (chapelles, nef et chœur) qui a permis de :

  • Retrouver la beauté originelle de l’église (vitraux, ferronnerie et balustrades de fer forgé, autels en marbre, bas lambris...)
  • Révéler l'architecture du lieu, la réalisation de ses décors et de ses œuvres (peintures murales, mobilier, sculptures, tableaux...)

Calendrier et financement :

  • Début des travaux sur le bâtiment : août 2023
  • Fin des travaux de l'église : printemps 2026
  • Fin de restauration du grand orgue : été 2026
  • Coût total (restauration du bâtiment et de l’orgue) : 5,69 millions d’euros TTC, subventionnés à hauteur de 33% par la DRAC

Réouverture au public le 25 mars 2026

Les œuvres restaurées

La Mairie de Toulouse a confié à des restaurateurs reconnus et aux compétences recherchées leur remise en état.

Le cycle de peintures murales de Bénezet

Le peintre toulousain Bernard Benézet a réalisé un ensemble de peintures entre 1870 et 1884 :

  • Dans l'une des chapelles, La mort de Joseph, première réalisation du peintre dans l'église, réalisée dans une architecture inspirée de l'Antiquité
  • La pièce majeure, Le Martyre et l'Apothéose de Saint Saturnin (1881-1882), située sur le mur oriental dans le chœur liturgique. Elle représente le martyre de Saint-Saturnin et l’ensevelissement du saint avec, en partie supérieure, la Vierge à l’enfant entourée d’une foule de saints propres au diocèse de Toulouse.
  • Et 8 autres peintures à l'huile sur les travées de la nef au-dessus des chapelles notamment consacrées à l'Eucharistie. Elles sont entourées de décors non historiés réalisés par le peintre décorateur Joseph Engalière, collaborateur de Bénezet, décors inspirés par l'architecture gothique méridionale du lieu.

Le grand orgue de tribune

La partie instrumentale du grand orgue

Cet orgue symphonique, conçu à l'image d'un orchestre romantique, a été inauguré en 1880 et figure pour sa partie instrumentale aux Monuments Historiques depuis 1988. Se démarquant par ses inventions et caractéristiques techniques et sonores, l'orgue comporte 40 jeux répartis sur 3 claviers et un pédalier, pilotés depuis une console tournée vers le chœur. Sa façade est composée de 159 tuyaux (dont 2 muets et ornementaux).

En cours de restauration à l'identique depuis 2024, l'orgue retrouvera son emplacement d’origine au printemps 2026. Plusieurs semaines seront encore nécessaires pour l'accorder. Il sera à nouveau joué à partir de juin 2026.

La généalogie de Jacob

Cette fresque murale du XIVe siècle de plus de 6 mètres de large, redécouverte lors de la campagne de restauration du XIXe siècle, évoque la généalogie de Jacob en 38 figures, chacune tenant un phylactère.

Seul témoignage du décor médiéval de Notre-Dame du Taur, dont elle est l'œuvre picturale la plus ancienne, cette fresque sera protégée et mise en valeur par une vitrine.

La fresque "La généalogie de Jacob"

Notre-Dame du Rempart

Sculpture "Notre Dame du Rempart"

Cette sculpture en bois polychrome du XVIe siècle représentant une Vierge à l'Enfant est placée dans l’axe du chœur. Elle figurait à cette époque sur la porte Villeneuve, qui faisait partie des anciens remparts de Toulouse, pour commémorer le départ des Huguenots. Elle est installée dans l'église Notre-Dame du Taur depuis le XVIIIe siècle, changeant provisoirement le nom de l'édifice pour "Notre-Dame du Rempart".

Sainte Anne et la Vierge

Ce groupe sculpté en bois polychrome, classé au titre des Monuments Historiques, provient d'un ancien retable sculpté par Antoine Legoust au XVIIe siècle. Sa rénovation par l'atelier municipal de restauration souligne la polychromie des carnations des 2 figures et l'éclat originel de sa dorure.

La sculpture "Sainte Anne et la Vierge"

Les découvertes artistiques

Le décor de la chapelle d'axe

Murée dans les années 1960, cette chapelle a été rouverte lors de l'actuel chantier de restauration. Les travaux ont révélé un ensemble décoratif de peintures murales et de lambris inspirés de l’iconographie de la Vierge du Rempart, dont un bas‑lambris crénelé, rappelant les remparts toulousains, réalisé par Anatole de Baudot au XIXe siècle.

La restauration a remis au jour autre motif mural du XIXe siècle, représentant une tourelle entourée de motifs végétaux et un monogramme de la Vierge en lettrines gothiques.

Ce décor a été restitué sur l’ensemble des murs de la chapelle. Les peintures des arches d’accès ont également retrouvé leur lisibilité : tours, symboles marials (vase, lys…), toujours en lien avec Notre‑Dame‑du‑Rempart. L’ensemble réhabilité offre aujourd’hui un exemple de style néogothique toulousain.

Le Christ en croix de la chapelle des fonts baptismaux

Une étude de l’atelier municipal de restauration a permis de dater cette sculpture du Christ au XVIIe siècle. L'œuvre est désormais identifiée comme l’un des rares vestiges du décor baroque qui ornait l’église avant les transformations du XIXe siècle.

Aujourd’hui, seuls deux ensembles témoignent encore de cette période : ce Christ en croix et le groupe sculpté de Sainte Anne et la Vierge.

Connaître le patrimoine toulousain

Date de mise à jour :